- Quoi : Woodstock 99 est le festival organisé du 22 au 25 juillet 1999 sur l’ancienne base aérienne de Griffiss, à Rome (État de New York), pour les 30 ans du Woodstock de 1969.
- Ce qui a mal tourné : chaleur écrasante, eau vendue à prix d’or, sanitaires saturés, violences, agressions sexuelles signalées puis incendies et pillages le dernier soir.
- Bilan : trois morts, des milliers de festivaliers soignés et une image durablement associée au chaos.
- Pour voir : le documentaire HBO Woodstock 99: Peace, Love and Rage (2021) et la série Netflix Trainwreck: Woodstock ’99 (2022).
Woodstock 99 devait célébrer l’esprit de paix et d’amour de 1969. Il est resté dans l’histoire comme l’un des pires festivals jamais organisés. Pendant quatre jours de juillet 1999, environ 200 000 à 400 000 personnes selon les estimations se sont retrouvées sur une ancienne base militaire couverte de bitume, sous une chaleur proche de 38 °C, avec une bouteille d’eau facturée 4 dollars. Le week-end s’est terminé par des feux géants, des camions de ravitaillement retournés et une intervention massive de la police d’État. Voici ce qui s’est réellement passé, pourquoi tout a dérapé et ce que racontent les documentaires sortis depuis.
Woodstock 99 : le contexte d’un anniversaire raté
L’idée n’était pas neuve. Michael Lang, cofondateur du Woodstock originel, avait déjà relancé la marque en 1994 à Saugerties, pour les 25 ans. Ce premier retour, boueux mais globalement bon enfant, avait laissé un goût d’inachevé financier : beaucoup de festivaliers étaient entrés sans payer. Pour 1999, Lang s’associe au promoteur John Scher avec un objectif clair, ne plus perdre d’argent.
Le site choisi répond à cette logique. La base aérienne de Griffiss, désaffectée, offre un périmètre facile à clôturer et des pistes immenses. Une palissade de plusieurs mètres, surnommée le « mur de la paix », encercle l’ensemble. Le billet coûte environ 150 dollars, un prix élevé pour l’époque, et une fois à l’intérieur, les spectateurs ne peuvent plus ressortir avec de la nourriture ou des boissons achetées ailleurs. Tout le modèle repose sur ce public captif.
Le problème, c’est que le décor ne ressemble en rien à une prairie. Entre les deux grandes scènes, éloignées d’environ deux kilomètres, s’étendent du goudron et du béton qui renvoient la chaleur. Très peu d’ombre, peu d’arbres, et une canicule qui s’installe dès le premier jour.
Programmation de Woodstock 99 : le nu metal en tête d’affiche
Musicalement, Woodstock 99 est une photographie fidèle de la fin des années 1990. On y trouve de la pop rock, de l’électro, du hip-hop et surtout le nu metal alors au sommet des ventes. Ce mélange explique en partie l’atmosphère du week-end : les sets les plus attendus sont aussi les plus agressifs, et la foule, épuisée par la chaleur, y libère une énergie que rien n’encadre.
| Jour | Artistes marquants | Ce qu’on en retient |
|---|---|---|
| Jeudi 22 juillet | Moby, George Clinton, Jamiroquai | Soirée d’ouverture encore calme, chaleur déjà pesante |
| Vendredi 23 juillet | Korn, DMX, Sheryl Crow, The Offspring, Bush | Le concert de Korn électrise une foule gigantesque, premières tensions |
| Samedi 24 juillet | Limp Bizkit, Rage Against the Machine, Metallica, Kid Rock, Alanis Morissette, Wyclef Jean | Le set de Limp Bizkit et « Break Stuff » deviennent le symbole du basculement |
| Dimanche 25 juillet | Red Hot Chili Peppers, Creed, Everlast | Bougies, feux de camp géants, pillages et intervention policière |
Des artistes plus apaisés, comme Elvis Costello, Sheryl Crow ou Alanis Morissette, ont aussi joué. Leur présence rappelle que l’affiche n’était pas pensée comme un rassemblement de hard rock. Mais l’histoire a surtout retenu les moments de saturation, et les médias présents sur place, notamment MTV et la diffusion en paiement à la séance, ont amplifié cette image.
Ce qui s’est passé à Woodstock 99, jour après jour
Le récit des quatre jours montre une dégradation progressive plutôt qu’une explosion soudaine. C’est précisément ce qui rend le cas si étudié aujourd’hui dans l’organisation d’événements.
Chaleur, eau et hygiène : la base du désastre
Dès le vendredi, les points d’eau gratuits sont insuffisants et souvent hors service. Les vendeurs pratiquent des tarifs jugés indécents, une pizza ou une bouteille d’eau coûtant plusieurs fois leur prix habituel. Les toilettes chimiques, trop peu nombreuses et rarement vidées, débordent. Des fuites de canalisations forment des mares boueuses où certains festivaliers se roulent pour se rafraîchir, sans savoir que l’eau est contaminée. Les équipes médicales sur place traitent des milliers de cas, de la déshydratation aux coupures, en passant par des infections.
Le samedi de Limp Bizkit
Le samedi soir, Limp Bizkit monte sur la scène est devant une foule immense. Pendant « Break Stuff », des spectateurs arrachent des panneaux de contreplaqué des structures et s’en servent comme planches pour surfer sur le public. Le chanteur Fred Durst a ensuite été critiqué pour avoir attisé la foule, ce qu’il a contesté. Des agressions sexuelles dans la fosse ont été rapportées à ce moment et pendant d’autres concerts, et la police a ouvert plusieurs enquêtes pour viol dans les jours suivants.
Le dimanche des Red Hot Chili Peppers
Le dernier soir, une association contre la violence armée distribue des bougies pour une veillée symbolique. Elles servent très vite à allumer des feux avec les déchets, les palissades et tout ce qui traîne. Pendant que les Red Hot Chili Peppers jouent, des brasiers éclairent la foule. Le groupe reprend « Fire » de Jimi Hendrix en hommage, un choix qui a été vu après coup comme particulièrement malheureux. À la fin du concert, des stands sont pillés, des distributeurs automatiques forcés, des camions renversés et une tour de son incendiée. La police d’État de New York intervient en nombre pour disperser les derniers groupes.
Le bilan de Woodstock 99 : morts, blessés et poursuites
Trois personnes sont mortes pendant ou juste après le festival. Parmi elles, David DeRosia, 24 ans, s’est effondré après le concert de Metallica et a succombé à un coup de chaleur. Les autres décès ont été liés à des problèmes cardiaques et à des circonstances aggravées par la chaleur. Des dizaines d’arrestations ont eu lieu, et plusieurs plaintes pour agressions sexuelles ont été déposées, même si beaucoup de victimes n’ont jamais été identifiées.
Les organisateurs ont rejeté une grande partie de la responsabilité sur une minorité de casseurs et sur les artistes jugés incendiaires. Les enquêtes journalistiques et les témoignages recueillis depuis dessinent un tableau plus large : sous-effectif de la sécurité, personnel mal formé, logistique sous-dimensionnée et volonté de rentabiliser chaque mètre carré.
Pourquoi le festival a dérapé : les causes identifiées
Aucune cause unique n’explique Woodstock 99. Ce sont plusieurs facteurs qui se sont additionnés :
- Le site : une ancienne base aérienne bitumée, sans ombre, qui transformait la canicule en four.
- Le modèle économique : un public enfermé, contraint d’acheter sur place des produits très chers.
- La sécurité : des agents souvent recrutés à la dernière minute, parfois peu concernés, dépassés par la taille de la foule.
- Les équipements sanitaires : en nombre insuffisant et mal entretenus, avec un risque sanitaire réel.
- Le climat culturel : une partie du public, très majoritairement masculine et jeune, venue pour la démesure, dans une ambiance où le respect des autres, et notamment des femmes, était loin d’être garanti.
- L’absence de réaction : les signaux d’alerte étaient visibles dès le vendredi, mais rien n’a été corrigé à temps.
Cette lecture explique pourquoi Woodstock 99 est devenu un cas d’école, cité dès qu’un festival connaît des problèmes de gestion de foule ou de conditions d’accueil, comme le Fyre Festival en 2017.
Woodstock 1969, 1994 et 1999 : trois éditions comparées
Le contraste avec l’original est souvent au cœur des analyses. Woodstock 1969 avait lui aussi connu pénurie de nourriture, pluie et embouteillages, mais il est resté un symbole positif. Comparer les trois éditions aide à comprendre ce qui a changé.
| Critère | Woodstock 1969 | Woodstock 1994 | Woodstock 1999 |
|---|---|---|---|
| Lieu | Ferme de Max Yasgur, Bethel | Saugerties | Base aérienne de Griffiss, Rome |
| Décor | Prairie et collines | Champs devenus boueux | Bitume et béton |
| Billetterie | Devenue gratuite de fait | Nombreuses entrées sans billet | Billet à environ 150 dollars, clôture renforcée |
| Esprit dominant | Contre-culture, paix, opposition à la guerre du Vietnam | Grunge et rock alternatif | Nu metal, rap rock, consommation |
| Image laissée | Mythe fondateur | Édition boueuse plutôt sympathique | Festival associé au chaos |
Pour un site consacré au jazz et aux musiques qui l’entourent, ce parallèle a du sens. En 1969, l’affiche réunissait folk, blues, soul et rock psychédélique, avec Richie Havens, Santana, Sly and the Family Stone ou Jimi Hendrix, des artistes nourris d’improvisation. Trente ans plus tard, la fête s’est construite autour d’un rock saturé et d’une logique de grand spectacle télévisé. Le nom était le même, la culture n’avait plus grand-chose en commun.
Documentaires sur Woodstock 99 : HBO et Netflix
Pendant vingt ans, le festival est resté une anecdote de culture rock. Deux productions récentes l’ont remis au premier plan, et ce sont elles qui expliquent l’intérêt actuel pour le sujet.
Woodstock 99: Peace, Love and Rage (2021), réalisé par Garret Price pour la collection Music Box de HBO, s’appuie sur des images d’archives et des interviews d’artistes, de journalistes et d’organisateurs. Il insiste sur le contexte culturel de la fin des années 1990 et sur la manière dont la colère d’une génération s’est exprimée dans la fosse.
Trainwreck: Woodstock ’99 (2022), série en trois épisodes diffusée par Netflix, adopte un angle plus logistique. On y entend des membres du personnel, des bénévoles et des festivaliers raconter les coulisses : budget, sécurité, sanitaires, communication. C’est souvent la version la plus accessible pour un public français, puisqu’elle est proposée avec sous-titres et doublage.
Les deux films se complètent. L’un explique l’ambiance, l’autre montre la mécanique de l’échec. Ils abordent aussi frontalement les violences sexuelles, un sujet longtemps minimisé dans les récits de l’époque. Certaines scènes peuvent heurter, ce qui mérite d’être su avant de lancer le visionnage.
L’héritage de Woodstock 99 pour les festivals
La marque Woodstock ne s’en est jamais vraiment remise. Le projet Woodstock 50, prévu en 2019, a été annulé après une succession de problèmes de financement, de site et d’autorisations. Les festivals actuels, des deux côtés de l’Atlantique, ont intégré plusieurs leçons : accès gratuit à l’eau potable, zones d’ombre et de repos, dispositifs de prévention des violences sexuelles, équipes formées à la gestion de foule et capacité d’arrêter un concert lorsque la situation l’exige.
Woodstock 99 reste ainsi moins un souvenir musical qu’un avertissement. Il rappelle qu’un festival n’est pas seulement une affiche, mais un lieu de vie temporaire où la sécurité et le confort de chacun conditionnent l’expérience collective.
Combien de personnes sont mortes à Woodstock 99 ?
Trois décès ont été recensés, dont celui de David DeRosia, 24 ans, victime d’un coup de chaleur après le concert de Metallica. Les deux autres ont été associés à des problèmes cardiaques dans un contexte de forte chaleur.
Où a eu lieu Woodstock 99 ?
Le festival s’est tenu sur l’ancienne base aérienne de Griffiss, à Rome, dans l’État de New York, à environ 200 kilomètres du site historique de Bethel.
Pourquoi Woodstock 99 a-t-il tourné à l’émeute ?
Le dérapage vient d’un cumul : canicule sur un site bitumé, eau et nourriture hors de prix, sanitaires débordés, sécurité insuffisante et climat très agressif dans la foule. Les bougies distribuées le dimanche ont servi à allumer les incendies qui ont précédé les pillages.
Quels groupes ont joué à Woodstock 99 ?
L’affiche comptait notamment Korn, Limp Bizkit, Metallica, Rage Against the Machine, Red Hot Chili Peppers, Kid Rock, DMX, The Offspring, Sheryl Crow, Alanis Morissette, Jamiroquai, Moby et Creed.
Quel documentaire regarder sur Woodstock 99 ?
Deux références existent : Woodstock 99: Peace, Love and Rage de HBO (2021), centré sur le contexte culturel, et la série Netflix Trainwreck: Woodstock ’99 (2022), plus axée sur les coulisses de l’organisation. La disponibilité en France dépend des catalogues des plateformes.
Combien coûtait une place pour Woodstock 99 ?
Le billet pour les quatre jours coûtait environ 150 dollars, hors frais. Une fois sur place, les prix de la nourriture et des boissons, comme la bouteille d’eau à 4 dollars, ont fortement alimenté la colère du public.
