Quand on parle de Slash à la guitare, on parle d’abord d’une Gibson Les Paul. Depuis la fin des années 1980, le guitariste de Guns N’ Roses, de son vrai nom Saul Hudson, a imposé ce modèle comme une partie de son personnage, au même titre que le haut-de-forme et les lunettes noires. Son son repose sur une chaîne simple : une Les Paul équipée de micros humbuckers, un ampli Marshall poussé à fond, très peu d’effets. Le reste vient des doigts : un vibrato large, des bends chantants et des solos construits comme des mélodies. Voici ce qu’il faut savoir pour comprendre, écouter ou approcher ce son.
- Guitare principale : une Gibson Les Paul, le plus souvent en finition sunburst.
- Album fondateur : Appetite for Destruction (1987) a été enregistré avec une réplique de Les Paul 1959 fabriquée par le luthier Kris Derrig, pas avec une Gibson d’usine.
- Ampli : des têtes Marshall, dont plusieurs modèles signature (2555SL en 1996, AFD100 en 2010).
- Accordage : un demi-ton plus bas (mi bémol) sur la plupart des titres de Guns N’ Roses.
- Modèles signature : une collection Gibson lancée en 2020 et sa déclinaison Epiphone en 2021, plus abordable.
Quelle guitare joue Slash ? La Les Paul au centre de son identité
La réponse tient en deux mots, mais elle cache une histoire plus nuancée. Au début de Guns N’ Roses, Slash jouait sur ce qu’il pouvait se payer, y compris des guitares de type BC Rich ou Jackson. Le tournant arrive au moment d’enregistrer le premier album : il lui faut un instrument qui tienne l’accordage et qui sonne gros. C’est une copie de Les Paul Standard 1959, signée Kris Derrig, qui fait l’affaire. Montée avec des micros Seymour Duncan Alnico II Pro, elle donne ce grain chaud et légèrement compressé que l’on entend sur Welcome to the Jungle ou Paradise City.
Le paradoxe est savoureux : la guitare qui a rendu la Les Paul de nouveau désirable auprès de toute une génération n’était pas une Gibson. La marque l’a bien compris, et a ensuite multiplié les collaborations avec lui. Sur scène, à partir de la tournée Appetite, Slash adopte des Les Paul Standard de 1987 fournies par Gibson, qui deviennent ses chevaux de bataille pendant les années Use Your Illusion.
Il n’est pas pour autant un homme d’une seule guitare. On l’a vu avec une Guild Crossroads à double manche, une Gibson Explorer, des Firebird, des acoustiques Gibson et une B.C. Rich Mockingbird. Mais pour l’oreille du public, le binôme Slash et Les Paul est indissociable.
Slash guitare : repères de carrière, de Los Angeles à aujourd’hui
Né le 23 juillet 1965 à Londres, Saul Hudson grandit en partie à Los Angeles, dans une famille liée au monde artistique : sa mère, Ola Hudson, est costumière, son père, Anthony Hudson, graphiste de pochettes de disques. Il commence la guitare à l’adolescence et la pratique de façon obsessionnelle. Ses grandes étapes :
- 1985 : formation de Guns N’ Roses avec Axl Rose, Izzy Stradlin, Duff McKagan et Steven Adler.
- 1987 : sortie d’Appetite for Destruction, qui devient l’un des premiers albums les plus vendus de l’histoire du rock.
- 1991 : Use Your Illusion I et II, avec les solos de November Rain et d’Estranged.
- 1995 et 2000 : deux albums avec Slash’s Snakepit, après des tensions grandissantes au sein des Guns.
- 1996 : départ officiel de Guns N’ Roses.
- 2004 et 2007 : Contraband puis Libertad avec Velvet Revolver.
- 2010 : premier album solo, enregistré en 2009 avec de nombreux invités, puis une série de disques avec Myles Kennedy and The Conspirators à partir de 2012.
- 2012 : entrée au Rock and Roll Hall of Fame avec Guns N’ Roses.
- 2016 : retour dans Guns N’ Roses pour la tournée Not in This Lifetime, suivie d’autres tournées mondiales.
- 2024 : Orgy of the Damned, album de reprises de blues avec des invités.
Ce dernier disque est un bon indice pour qui veut comprendre son jeu : à 60 ans passés, Slash revient ouvertement à ses racines blues, celles qu’il revendique depuis ses débuts.
Les guitares de Slash, époque par époque
Le tableau ci-dessous résume les instruments les plus associés à chaque période. Il ne prétend pas recenser toute sa collection, estimée à plusieurs centaines de guitares, mais il aide à relier un son à un disque.
| Période | Guitare emblématique | Ce que l’on entend |
|---|---|---|
| 1986 à 1987, studio | Réplique Les Paul 1959 de Kris Derrig | Appetite for Destruction : grain chaud, médiums riches |
| 1987 à 1993, scène | Gibson Les Paul Standard 1987 | Tournées Appetite et Use Your Illusion |
| Années 1990 | Guild Crossroads double manche, B.C. Rich Mockingbird | Passages acoustiques et électriques enchaînés sur scène |
| Années 2000 | Les Paul signature Gibson, dont la série inspirée d’Appetite | Velvet Revolver, son plus moderne et plus saturé |
| Depuis 2020 | Gibson Slash Collection (Les Paul, Firebird, J-45) | Conspirators, Guns N’ Roses, Orgy of the Damned |
Ampli, micros, effets : la chaîne sonore derrière la Les Paul de Slash
Une Les Paul seule ne fait pas le son de Slash. L’autre moitié, c’est Marshall. Pour Appetite for Destruction, il a utilisé une tête louée dans un studio de location de Los Angeles, modifiée pour délivrer plus de gain qu’un modèle de série. Il a passé des années à essayer de retrouver ce son précis, ce qui explique ses nombreux amplis signature :
- Marshall 2555SL (1996) : dérivé de la série Silver Jubilee, premier ampli signature de Marshall dédié à un guitariste.
- Marshall AFD100 (2010) : conçu pour reproduire le son d’Appetite for Destruction, avec un mode supplémentaire inspiré des tournées suivantes.
Côté micros, l’équipement de référence reste le Seymour Duncan Alnico II Pro, existant en version signature. C’est un humbucker à puissance modérée : il laisse respirer les notes au lieu de les écraser, ce qui explique pourquoi les solos de Slash restent lisibles malgré la saturation.
Les effets sont rares et choisis. On retient surtout la pédale wah Dunlop Cry Baby, déclinée en modèle signature, présente sur l’intro de Sweet Child O’ Mine en fin de morceau et sur de nombreux solos. Il faut ajouter un delay discret pour donner de l’ampleur aux notes longues, et ponctuellement une talk box, comme sur Anything Goes. Pas de pédalier géant : l’essentiel du travail se fait entre la guitare et l’ampli.
Ce qui rend le jeu de Slash identifiable à l’oreille
Si l’on donne la même Les Paul et le même Marshall à dix guitaristes, un seul sonnera comme Slash. La différence se loge dans quelques réflexes que l’on retrouve d’un disque à l’autre.
Le premier est le vibrato. Large, assez lent, il donne à chaque note tenue une couleur vocale. Le deuxième, ce sont les bends : il pousse souvent la corde d’un ton entier, parfois plus, et soigne la justesse d’arrivée. Ces deux gestes viennent directement du blues, et ceux qui travaillent déjà la Blues guitare reconnaîtront les phrasés de B.B. King ou de Jimmy Page, qu’il cite parmi ses influences.
Le troisième trait tient au vocabulaire. Slash part de la pentatonique mineure, qu’il enrichit volontiers de notes empruntées à la gamme mineure harmonique ou au mode dorien. La fin du solo de Sweet Child O’ Mine en est un exemple célèbre, avec ses couleurs presque orientales. Surtout, il construit ses chorus comme une chanson : une idée exposée, développée, puis portée vers un sommet. Pour qui s’intéresse à l’Improvisation guitare, ses solos sont une leçon de construction, car presque rien n’y est joué au hasard, même sur scène.
Enfin, il ne faut pas oublier sa main droite en accompagnement. Les parties de rythmique de Guns N’ Roses sont tendues, très swinguées par moments, héritées du rock des Rolling Stones et d’Aerosmith. Travailler le Rythme guitare sur des titres comme Mr. Brownstone ou It’s So Easy donne une excellente idée de l’importance de cette moitié souvent négligée de son jeu. Quant à ses motifs d’ouverture, de Sweet Child O’ Mine à Welcome to the Jungle, ils montrent comment un Riff guitare peut devenir l’identité d’un morceau entier.
Slash et le jazz : un pont plus court qu’on ne l’imagine
Sur un média qui parle de jazz, la question mérite d’être posée. Slash n’est pas un guitariste de jazz, et il ne l’a jamais prétendu. Pourtant, son attachement au phrasé, à la mélodie et au blues le rapproche d’une tradition que partagent beaucoup de jazzmen. Ses solos respirent, laissent des silences, jouent sur la tension et la résolution. Le swing de certaines rythmiques des Guns, avec leurs croches légèrement balancées, vient de la même source que le shuffle du blues.
Pour un guitariste rock curieux, explorer la Jazz guitare après avoir décortiqué Slash est un prolongement logique : on y retrouve le travail sur les notes cibles et sur les arpèges, que Slash pratique de façon instinctive lorsqu’il souligne un changement d’accord dans November Rain.
Guitare signature Slash en 2026 : modèles Gibson, Epiphone et budget
Gibson collabore avec Slash depuis 1997, date de sa première Les Paul signature. En 2020, la marque a lancé une collection dédiée, avec plusieurs finitions aux noms évocateurs : Appetite Burst, November Burst, Vermillion Burst ou Anaconda Burst. Epiphone, filiale de Gibson, a suivi en 2021 avec des versions fabriquées en Asie, beaucoup plus accessibles.
Les prix varient selon les revendeurs, les finitions et les promotions. À titre d’ordre de grandeur constaté chez les revendeurs français fin 2026 :
- Epiphone Slash Les Paul Standard : environ 800 à 1 100 euros.
- Gibson Les Paul Standard Slash : environ 3 000 à 3 600 euros.
- Modèles Gibson Custom Shop et éditions limitées : plusieurs milliers d’euros de plus, souvent en série restreinte.
Ces fourchettes sont indicatives et doivent être vérifiées au moment de l’achat. L’écart de prix entre Epiphone et Gibson tient surtout aux matériaux, à la finition et au lieu de fabrication. Pour un guitariste amateur, l’Epiphone offre déjà la silhouette, le manche épais et les micros de type Alnico II qui font l’essentiel du caractère.
Les pièges à éviter quand on cherche le son de Slash
Beaucoup de guitaristes passent des mois à chercher le bon matériel et oublient le principal. Voici les erreurs les plus courantes :
- Mettre trop de gain. Le son de Slash est saturé, mais beaucoup moins qu’on ne le pense. Avec trop de distorsion, le vibrato disparaît et les notes deviennent floues.
- Oublier l’accordage. Jouer Sweet Child O’ Mine en accordage standard sur l’enregistrement original ne fonctionne pas : il faut descendre d’un demi-ton.
- Copier les notes sans le phrasé. Une tablature donne les cases, pas l’attaque, la durée du bend ni la vitesse du vibrato. L’écoute attentive compte plus que la lecture.
- Croire qu’il faut une Gibson. Appetite for Destruction a été enregistré sur une réplique. La main et l’oreille pèsent davantage que le logo sur la tête.
- Négliger la rythmique. Slash est aussi un très bon guitariste d’accompagnement. Ne travailler que ses solos, c’est passer à côté de la moitié de son apport.
Le meilleur conseil reste celui que Slash répète souvent en interview : apprendre les morceaux qu’on aime, puis s’en éloigner pour trouver sa propre voix.
Slash joue-t-il en accordage standard ?
Rarement avec Guns N’ Roses. La plupart des titres du groupe sont accordés un demi-ton plus bas, en mi bémol. Avec les Conspirators, il utilise aussi des accordages abaissés, parfois d’un ton entier, selon la tessiture du chanteur.
La guitare d’Appetite for Destruction était-elle une vraie Gibson ?
Non. Il s’agit d’une réplique de Les Paul Standard 1959 construite par le luthier américain Kris Derrig, équipée de micros Seymour Duncan Alnico II Pro. Gibson a ensuite produit des modèles inspirés de cet instrument.
Quel est le vrai nom de Slash ?
Saul Hudson. Il est né à Londres le 23 juillet 1965 et a grandi en grande partie à Los Angeles. Son surnom lui aurait été donné jeune par un proche de sa famille, en raison de sa manie d’être toujours pressé.
Une Epiphone Slash suffit-elle pour approcher son son ?
Oui, pour la grande majorité des guitaristes. Branchée dans un ampli à lampes de type Marshall réglé avec un gain modéré, elle donne une base très crédible. Le travail sur le vibrato et les bends fera ensuite la différence.
Quel ampli Marshall associer au style de Slash ?
Ses modèles signature 2555SL et AFD100 sont les plus fidèles, mais ils sont rares et coûteux d’occasion. Une tête Marshall de type JCM800 ou Silver Jubilee, voire un modèle numérique avec une simulation de ces amplis, permet d’approcher ce caractère pour un budget plus raisonnable.
